2013# Tour Blanche ERDF // INFOS

TOUR BLANCHE // ERDF
34 PLACE DES COROLLES 92000 LA DEFENSE

ANNÉE 2012-2014
Maître de l'Ouvrage : FO Tour CB. 15
Surface : 28700 m2
Montant des Travaux : 37.000.000 Euro // 1290 euro/m²


Nous dédions ce projet à Monsieur Christian JOUBERT, dont il est l'origine, qui, emporté par la maladie, n'a pu le voir aboutir. Grand professionnel capable de maîtriser tous les aspects d'une opération, de la définition du produit à sa commercialisation, il a porté de nombreux projets de qualité, longtemps chez Unibail-Rodamco, puis chez CJP & Partners. Nous lui devons, ici, d'avoir déterminé la méthodologie d'intervention qui a permis de garder la maîtrise d'un projet dont le programme a évolué tout au long de sa réalisation pour s'adapter au contexte immobilier et locatif extrêmement mobile. Par ailleurs, nous lui devons d'avoir soutenu l'idée de la Tour Blanche, dont le caractère innovant pouvait légitimement faire douter de sa faisabilité.

·CONTEXTE
La Tour CB15, Aquitaine, appelée « Tour Blanche », occupée précédemment par la Société Générale, AIG, Chartis, aujourd'hui ERDF, édifiée en 1968 par les frères ARSÈNE-HENRY associé à Bernard SCHOELLER, barons de l'architecture de cette époque, représente l'archétype des tours de première génération qui émergeaient d'un tissu de pavillons alors encore présents. Un noyau central, des poteaux porteurs en façade structurent cet immeuble de 42,80 mètres de long, 24,80 mètres de large, 100 mètres de haut, qui se développe sur 35 niveaux, dont 27 en superstructure, pour une surface de l'ordre de 30 000 mètres carrés. En 2011, la société Perella Weinberg en fait l'acquisition et lance un projet de rénovation confié à l'agence Petraccone - Vodar associée à une équipe de Maître d'œuvre expérimentée.

Avec pour objectif de doter la Tour des caractéristiques contemporaines en terme de sécurité, de confort et d'énergie, d'accessibilité des personnes à mobilité réduite, tout en intégrant les considérations environnementales, le programme requérait un projet capable d'évoluer dans sa consistance en fonction des fluctuations du contexte économique, locatif et financier, et ce, y compris au cours de sa réalisation. Ainsi, de l'objectif initial qui visait une qualification HQE Rénovation, le projet a su s'adapter pour obtenir une qualification BBC Effinergie et un label HQE Exceptionnel, tout en intégrant les compléments de programme demandés par ERDF en cours de travaux, à qui l'immeuble a été loué en juillet 2013 et livré en mars 2014.

La seconde particularité de ce projet réside dans la durée de réalisation des travaux, 18 mois dans leur ensemble, désamiantage compris, 13 mois pour les travaux intérieurs. Ce court délai n'a pu être obtenu que grâce au concours sans faille des entreprises (groupement CRÉATIS/SBE/BALAS, SNADEC/TIA pour le désamiantage, GOYER pour les façades, RIGOLOT pour le ravalement.), ainsi qu'à une synergie rare entre tous les acteurs de cette opération : MO, AMO, MOD et bureaux d'étude spécialisés.). Cet esprit constructif s'est poursuivi avec les équipes de Majorelle, responsable des aménagements intérieurs pour le compte de l'ERDF.

En préambule à la description architecturale, il convient de noter que la notion de rénovation, qui consiste, dans son principe, à doter un immeuble vieillissant des attributs de la modernité, se révèle délicate dans les faits, particulièrement pour un édifice de l'ampleur d'une tour aux caractéristiques techniques et réglementaires complexes.

Il s'agit en effet d'en déterminer la consistance avec précision, pour ce faire, de reconnaitre les qualités intrinsèques de l'immeuble afin de définir les points sur lesquels pouvoir ne pas agir, et ceux sur lesquels devoir agir, au vu des conditions préexistantes, de la réglementation contemporaine, d'un budget donné et d'un délai figé : cette cruciale hiérarchisation des interventions, qui détermine la pertinence globale du projet et requiert les compétences de l'ensemble des spécialistes, a ici bénéficié de la vaste expérience de l'AMO, CJP & Partners ainsi que celle des membres de l'équipe COGEDIM, Monsieur FOUILLADIEU et Monsieur BLOTIÈRE, particulièrement.

·INTERVENTIONS ARCHITECTURALES
Outre les interventions techniques profondes (remplacement des organes de production de chaud et froid, remplacement des groupes électrogènes, des réseaux de désenfumage, remplacement des cuisines du restaurant inter-entreprises …), le projet a consisté à remplacer l'ensemble des façades existantes, à ouvrir le Hall à la lumière, à insérer un espace extérieur, référence à la nature, au dernier étage, à reconfigurer le restaurant inter-entreprises et le dernier étage et à donner ampleur et clarté aux plateaux de bureaux.


L'intervention sur les façades, indispensable thermiquement, se devait aussi de refléter, aux yeux de l'extérieur, la profonde transformation interne de l'immeuble et son renouveau. L'immeuble existant se distinguait par son aspect morcelé provenant de l'alternance, sur un pas serré, de ses larges poteaux et de ses châssis vitrés, donnant à lire une suite de bandes verticales sans lien ; cet aspect fragmenté était encore renforcé par une césure horizontale, une coursive située au milieu de sa hauteur.

Transfigurer cette tour supposait de lui donner une homogénéité volumétrique que pouvait enrichir ses poteaux de façades architectoniques sur les facettes guillochées desquelles joue avec subtilité la lumière au fil du jour. La réponse a constitué en la mise en place de vitrages revêtus d'une sérigraphie de micro points de teinte blanche, identique à celle appliquée sur les poteaux, dotant ainsi l'immeuble d'une vêture homogène, homogénéité encore soulignée par l'habillage en inox poli des chants des poteaux.

Composées de blocs ventilés double peau réalisée sur toutes les faces exposées, hors la façade Nord réalisée en simple peau, ces façades répondent aux exigences thermiques tout en optimisant l'apport de lumière du jour. Sur ce point, la partie basse de la façade nord, du niveau Parvis au niveau du sol, peu éclairée, a été traitée en vitrage simple, sans sérigraphie, de manière à faire bénéficier les étages concernés du maximum de lumière. Le contraste très marqué entre cet édifice blanc et les tours, sombres, qui forment l'arrière-plan en renforce la lisibilité à partir du Parvis ; en vue latérale, à partir de l'est, sa blancheur répond aux façades de Cœur Défense.

L'intervention majeure sur le Hall d'accueil a porté sur la suppression de la ceinture en béton armé opaque qui l'enserrait sur toute la hauteur du premier étage, disposition qui a ouvert au soleil ce volume de double hauteur, d'une part, et permis de rendre perceptible ce point d'accueil à partir du parvis, d'autre part. De plus, foyer principal et halls secondaires ont été liés par un plafond en staff perforé continu qui en accentue l'ampleur inhabituelle pour un immeuble de cette génération.

En complément à cette intervention, il s'est avéré indispensable, en cours de projet, de traiter l'ensemble de la « ceinture » entourant l'immeuble dans la hauteur du premier étage. Cette dernière, élément architectural mis en place dès l'origine de l'immeuble, alors revêtue de panneaux en pierre brutaliste, d'une pesanteur remarquable, avait pour effet de retenir au sol cette tour, annihilant toute velléité d'envol, pourtant légitime pour un tel bâtiment. Celle-ci a donc été revêtue de panneaux en verre émaillé, qui minimise sa lourde présence.
La rénovation du restaurant a porté sur la refonte et la relocalisation des points durs (scramble, caisses, cafétérias), pour en améliorer la fonctionnalité, fluidifier les flux et limiter les temps d'attente des utilisateurs. L'aménagement intérieur a visé à libérer les espaces de restauration de tout obstacle, à les tourner vers la lumière du jour, en portant un soin particulier au confort acoustique et à l'ambiance lumineuse.

L'organisation intérieure, qui fait appel à des matériaux nobles (caoutchouc au sol, habillage du noyau central en corian, staff en plafond), dans une déclinaison de teintes lumineuses en référence à celles du monde végétal, vert amande et tabac, est destinée à mettre à la disposition des utilisateurs un espace chaleureux dont la sobriété permette l'insertion des nombreux équipements mobiliers sans alourdir l'ensemble.

La rénovation des plateaux de bureaux a consisté, principalement, à optimiser les circulations protégées de manière à réduire leur impact sur le potentiel d'aménagement des zones privatives : périphériques au noyau central, à l'origine, elles suivent, aujourd'hui, un tracé en Z, réduisant de moitié leur emprise. Après que les appareils de climatisation situés en rive des planchers aient été supprimés, les façades intérieures ont été revêtues de corian blanc qui, associé à la blancheur des plafonds, distribuent la lumière sur l'ensemble des surfaces intérieures.

L'éclairage artificiel fait appel, dans son ensemble, à des luminaires LED, qui, associés à la gestion technique centralisée, rendent cet immeuble énergétiquement très performant.

Les étages nobles, que représentent les deux derniers niveaux de l'immeuble, ont fait l'objet d'un soin particulier. Constituant un compartiment unique, sur deux niveaux, ils sont reliés par un escalier monumental, qui a été placé dans un volume adapté à sa taille par la suppression des éléments structurels qui l'étouffaient ; son parcours a été magnifié par la mise en place de baies vitrées toute hauteur, de l'ordre de sept mètres, qui permettent au regard de plonger sur le Parvis, de s'ouvrir vers la Grande Arche et … la Tour EDF.

Le dernier étage, directorial, a vu la suppression de la coursive technique qui l'entourait, pénalisant la profondeur disponible pour les zones de travail. Au sud, dans l'espace destiné aux bureaux présidentiels, a été mis en place un écrin de verre à l'intérieur duquel, sur un lit de mousse, un unique conifère sculptural a pris place ; l'exiguïté de cet espace, qui ouvre sur l'immensité du ciel, en exacerbe la présence : quintessence de nature, apparent paradoxe au cœur d'un monde artificiel, il rappelle l'attention respectueuse que nous devons à celle-ci.

L'ensemble de ces opérations a permis à la Tour Blanche, que certains visiteurs pensent nouvellement édifiée, de reprendre pied avec vigueur dans notre présent, dotée du pouvoir de faire face aux années à venir. Occupée par ERDF depuis le mois de septembre 2014, l'immeuble a changé de propriétaire, en novembre, parachevant ainsi un parcours de deux ans depuis le début de sa métamorphose.