1988 Kawakyu Hotel Osaka // INFOS

"In the room”
The women corne and go Talking of Michelangelo" T.S. Elliot

Intervenir dans un hôtel comme le vôtre, tel que nous avons pu l'imaginer à vous entendre, quelle joie! Joie d'une part à participer à un projet nourri d'enthousiasme et de rêve.
Joie d'autre part :

• d’intervenir dans un édifice, rare, où l'architecture allie poésie et rigueur. Concevoir des chambres dans un tel lieu demande évidemment plus qu'une réponse fonctionnelle, bien plus même qu'une réponse formelle : une réflexion conceptuelle doit ici fonder le projet. Un hôtel est lié au Voyage, à ce moment particulier, fracture, rupture avec les habitudes, découverte d'autres mondes, exacerbation des sens et de l'Esprit, où chaque chose rencontrée résonne plus fort, retentit plus longtemps.

• ce moment de tension et de confrontation où s'ouvre l'intelligence, à ce moment de fatigue aussi.
Un hôtel, alors, est ce lieu transitoire, ce lieu magique, où l'on n'est ni tout

• fait "chez soi" ni tout à fait "ailleurs", ce lieu que l'on sait précaire et qui pourtant déclenche une rêverie de la sécurité, un lieu qui ne connaît pas l'hostilité du monde.
Une chambre, alors, doit provoquer l'évanouissement du tumulte banal, matérialiser l'absence, créer un paysage intérieur entre nature et arti¬fice, cet espace de l'imaginaire où l'opposition occidentale classique des termes en dehors en dedans s’efface : la frontière est mouvante, parfois inexistante, où dehors et dedans se confondent : la surface limite vacille, tremble et se casse.

Supposer le vide comme matière de la possibilité d'être, provoquer le renversement des emboîtements, éveiller le doute, bousculer l'indifférence natu¬relle de l'esprit.
Passé le seuil de la chambre, le visiteur, en entrant, sort. Le mur de séparation entre les deux suites prend vie, se disloque, éclate et compose un paysage mouvant. Un rocher de marbre ancre le paysage. Des points d'eau sont creusés. La salle de bain tradi¬tionnelle, est noyée dans la végétation, ouverte vers la mer.
Le lit, encastré, disparaît le jour sous un écran qui recrée la continuité. Libéré de cet équipe¬ment prosaïque, l'espa¬ce est ennobli.

La manipulation de l'écran nocturne recrée le rituel du coucher : il matérialise la transition entre veille et sommeil et ouvre la porte du Rêve.